Un bateau peut en cacher un autre

Samedi 13 Février, 2010

Curieux badins, apprentis marins d’eau douce, plus habitués à l’eau filtrée par notre Brita qu’à celle qui nous laisse un goût amer quand nous buvons la tasse lors de baignades malheureuses dans l’océan voisin,  nous nous aventurons samedi après-midi vers Indian Creek waterway au niveau de la 41ème rue sur Collins Ave. Amarrés le long de l’avenue engorgée, quelques 200 embarcations, yachts luxueux, bateaux de pêches -promettant d’être abondantes- et autres barques gigantesques nous défient du haut de leurs ponts surélevés ; leurs coques lustrées, briquées, cirées, astiquées et abondamment vernies font miroiter les silhouettes des visiteurs qui se pressent le long de leurs flancs imposants et les frôlent jusqu’à se confondre avec leurs reflets.

Sur les docks qui tanguent doucement, passerelles étroites et encombrées qui desservent les nombreuses rangées de bateaux gigognes, se balancent ça et là des poupées siliconées aux pas soigneusement mesurés pour s’assurer un équilibre précaire du haut des 15 centimètres de leurs stilettos. Les nouveaux marins, quant à eux, ont troqué leurs t-shirts rayés blancs et bleus pour des vestes sans faux pli qui laissent à penser que leurs ancêtres (flibustiers ?) ont remonté des lingots d’or du ventre des épaves échouées au large de lointaines contrées. La mèche impeccablement placée sur le front forme une petite vague, une virgule que ne saurait déranger un coup de vent. Et de dock en dock, de yacht en yacht encore plus grand, ces marins et leurs poupées promènent leurs rêves de grand large, une main accrochée au porte-monnaie qu’ils pourraient à tout moment dégainer, un sourire bien travaillé solidement arrimé à leurs visages parfaits.

Sociologie de la chaussure …

Bottes fourrées pour blondes frileuses, chaussures noires fraichement cirées par des grands blonds aux cheveux gominés, modestes nu-pieds et autres souliers au parfum de cuir que vient couvrir l’air iodé se retrouvent comme pour un sommet organisé en marge de ce « boat show ». En effet, devant chacune de ses maisons flottantes s’entassent des chaussures délaissées, peaux de crocodiles déchaussés qui attendent sagement le retour de leurs propriétaires aux pieds nus partis fouler les moquettes immaculées de ces bateaux luxueux. Quelques visiteurs tête en l’air trébuchent sur des talons abandonnés. Pièges bien camouflés. En attendant de visiter à notre tour le yacht, nous nous prêtons à une leçon de sociologie de la chaussure abandonnée, essayant de deviner l’allure de celui ou celle qui se cache derrière chaque paire d’escarpin. Pantoufles de verre et « crocs » en plastique fluo retrouvent indifféremment leurs princesses à la sortie du bateau et d’autres viennent les y remplacer dans un mouvement incessant de pirates qui partent à l’abordage sans arme ni lacet de chaussure.

Et nous, pas marins pour un sou, nous sautons de pont en pont, embarqués le temps d’une après-midi dans une promenade pittoresque qui ne nous donnera pas le mal de mer.  Rémy, flibustier au cœur tendre a délaissé ses rêves aériens le temps d’une après-midi et regarde émerveillé cette flotte impressionnante offerte à notre curiosité. Mais plus tard, quand le soleil disparaît derrière les yachts, le vent frais nous pousse vers la sortie et nous prenons le chemin du retour, les lacets bien attachés et les pieds solidement arrimés à la terre ferme.

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