Atlanta – GA

Atlanta, ton nom pourrait être celui inscrit sur le certificat de naissance d’une petite fille promise à un avenir aussi extraordinaire que la chasseresse mythologique à qui tu empruntes le nom, celui d’une constellation lointaine, d’une princesse ou encore celui du prochain poisson rouge qui flottera dans l’aquarium qui trône dans notre salon.

Atlanta, tu m’es peu familière mais je ne suis qu’à un clic de te trouver sur google maps et découvrir ainsi que tu te caches en Georgie, moi qui t’imaginais sous des latitudes bien plus au nord. Et je m’envole avec Rémy pour découvrir les secrets que tu caches à l’autre bout de cette heure d’avion qui nous amène à toi.

Nous survolons Jacksonville et Orlando que Rémy repère par le hublot de l’avion alors que je me demande silencieusement par quelle magie il peut reconnaître une ville aux seules couleurs des lumières qui se distinguent dans la nuit noire. Mais peu importe, moi j’aime la magie, et une myriade de points lumineux plus tard nous atterrissons à Hartsfield-Jackson Atlanta International Airport .

(…)

33°45′18″N 84°23′24″W

Température au sol : 37 ˚F et beaucoup moins si on les convertit en degrés Celsius.  Le pilote distrait nous aurait-il par erreur débarqués au Canada ?

Heure locale : 10:20pm

(…)

Autant en emporte le vent.

Rémy est parti tôt pour sa conférence et je me réveille quelques heures plus tard au son d’une voix timide qui chuchote « housekeeping, housekeeping » de l’autre côté de la porte. Je saute du lit et me voici dehors. Je n’ai qu’une rue à traverser pour aller prendre mon petit-déjeuner au Starbucks. Malgré l’envie de rentrer ensuite me mettre au chaud à l’hôtel et me replonger dans un sommeil comateux bien tentant, je serre un peu plus mon écharpe, je cache mes mains tout au fond de mes poches et je pars conquérir Atlanta. Peachtree Street est mon étoile polaire. Je m’en écarte prudemment, au fur et à mesure que je commence à intégrer la géographie des rues que je parcours.



Downtown. Ghost town. Notre hôtel est entouré d’une armée d’autres hôtels, grimaçantes répliques d’un mini Manhattan avec son mini flat-iron building et ses joueurs d’échec aux mains gelées de Woodruff park. Dans la torpeur glacée du mois de février, seuls s’animent des playmobiles en costume qui se pressent vers le quartier des affaires quelques blocs plus haut. Et moi, touriste égarée dans un downtown vide, je promène ma curiosité et mes converses couleur fantôme le long des trottoirs. Sur le chemin qui me mène à « Martin Luther King Historic district » je me sens vraiment seule. Pas de colonie nippone avec leur armée d’appareils numériques, et je me surprends à sourire quand je croise devant le musée deux japonaises avec des appareils photos jetables.

Un peu plus loin, Midtown se pare d’immeubles en briques rouges, accueillante « neighborhood » peuplée de labrador couleur sable, de jeunes cadres aux cheveux blonds bien peignés qui les promènent dans un Piedmont Park à l’herbe grillée par le gel. Je passe devant le Flying Biscuit (adresse incontournable pour un brunch délicieux le dimanche avec Rémy), la maison de Margaret Mitchell (mais je n’ai toujours pas vu  « Autant en emporte le vent » et je passe mon chemin). A 5pm je demande une trêve. « Reset ». Le froid a eu raison de moi et je cours me réchauffer à l’hôtel après avoir arpenté pendant de longues heures, en long, en large et à grands pas les rues d’Atlanta. Je ne pense pas avoir pris le chemin le plus court pour rentrer à l’hôtel, mais je ne me suis pas perdue, comme me disait Annie quand je lui racontais mes escapades dans Manhattan : « Tu ne t’es pas perdue, tu as juste trouvé un nouveau chemin pour rentrer ».  Il semble que je sois devenue une spécialiste pour trouver les portes dérobées et autres chemins de traverse qui toutefois finissent toujours par m’amener à destination. Et tant pis pour le sens de l’orientation !

La chasse aux trésors va durer le temps d’une semaine dans cette ville où le vent me décoiffe à chaque fois que je passe entre deux immeubles qui s’étirent vers le ciel. Je cherche sur la carte les ronds de couleurs qui m’amèneront aux différents points d’intérêt disséminés aux 4 coins de la ville. Le numéro 17 n’existe et après le 23 j’ai les mains trop gelées pour déplier la carte et chercher mon chemin. Je suis blanche neige en jeans et en converse. Emmitouflée dans mon manteau blanc remonté jusque sous les yeux, je cachée derrière ma forteresse pour mieux affronter les 30 degrés Fahrenheit de cette ville et les dédales de ses rues inconnues jusqu’alors qui s’emmêlent comme pour tester mon sens de l’orientation.

Airport. Ligne jaune. Downtown. Midtown. Ligne rouge. Buckhead. Northbound Station N8. Je déchiffre la carte du métro, un langage secret que je mets peu de temps à apprivoiser.

Cette escapade a quelque chose de poétique. Je change de décors. Les petites poupées fardées de Miami ont rajouté une doudoune assortie d’une capuche doublée de renard et des moufles triple épaisseur. Changement de paysage, autres visages, nouveau melting-pot sur un air d’accent du sud. Les café con leche cubains ont cédé la place au mythiques bouteilles de Coca-Cola dont les bulles qui me font éternuer quand je bois trop vite sont l’emblème d’Atlanta. Cette ville a quelque chose de différent, presque insaisissable. Je me laisse (naïvement ?) à penser que c’est la célèbre « southern hospitality » qui dissémine plus de sourires sur les visages des habitants d’Atlanta que sur ceux que je croise à South Beach.


Malgré tout le tableau n’est pas si idyllique, la pauvreté est omniprésente et les mêmes images reviennent inlassablement au détour de chaque nouvelle rue que je découvre : de nombreuses personnes vivent dans la rue et tentent de s’improviser guides auprès des touristes en échange de quelques dollars. De nombreux panneaux interdisent ces pratiques sous peine d’amende mais les sollicitations sont nombreuses et les policiers n’hésitent pas à « dégainer », prompts cow-boys, quand nous sommes interpellés mercredi soir par une personne qui nous demande simplement un peu d’argent. Martin Luther King Jr had a dream, il s’est battu pour plus d’égalité, contre la ségrégation et la pauvreté. Son combat n’en finit pas de résonner dans cette ville qui connaît un taux de pauvreté très important.

(…)

Ce soir, j’attends que Rémy se réveille pour aller explorer Atlanta by Night et ses milliers de lucioles colorées accrochées aux fenêtres des buildings qui nous encerclent, immobiles et silencieux. Quelle heure est-il ? Est-ce que je devrais le réveiller de sa longue sieste car je commence à avoir faim ? Je renonce finalement à aller sauter sur le lit de peur des représailles, et j’attendrai le lendemain pour que nous allions plonger notre regard dans Atlanta by night, vue du ciel…

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