Made in Miami

A vos marques, prêtes, défilez !

Cette semaine s’ouvre à nouveau la Fashion Week Made in Miami. Pas de faux-pli, pas de faux-pas. Les Barbies sont lissées jusqu’au bout des cheveux, le sourire est symétrique, l’ourlet de la bouche délicatement dessiné au fusain. Les créateurs vont habiller leurs poupées de maillots de bain dont le centimètre carré de tissu est plus onéreux que le prix du mètre carré de notre appartement. Tout laisse à penser que la température muy caliente justifie un quota annuel de défilés de mannequins en bikinis et talons aiguilles vertigineux.

En prélude à cet évènement fédérateur de la vie sociale floridienne, je vous présente en avant-première et en exclusivité la collection Printemps-Eté des gilets de sauvetage pour activités nautiques. Coupe ajustée au-dessus du nombril, bleu délavé intemporel pour un modèle unisexe qui fera pâlir le gilet jaune du non moins pâlichon Karl Lagerfeld.

Oubliés les runways, nous paradons dans nos gilets sur des kayaks le temps d’une après-midi ensoleillée dans Oleta Park avec des amis/mannequins as well qui portent fièrement aussi cette magnifique veste ! Rémy rame. Moi un peu moins. Installée à l’avant du kayak, figure de proue peu vaillante, je ferme les yeux et me bouche le nez quand des vagues trop fortes viennent secouer notre beau navire. Le vent souffle dans la baie de Biscayne mais finalement je m’arme de ma pagaie, et contre vents et marées, moi aussi je rame ! Nous nous posons sur une petite île le temps de manger. Dépassés les fruits de mer, oubliées les baies sauvages et le lait de coco qui désaltère, si Robinson s’était échoué sur ce bout de terre venteux, il aurait pu se rassasier chaque week-end de hot dogs livrés par une embarcation qui ressemble à s’y tromper à la péniche de Tom Sawyer (il ne manque que le Mississippi). Nul doute qu’il aurait d’ailleurs monté une entreprise concurrente de pizza apportées en jet ski et aurait fini en entrepreneur capitaliste avec Vendredi pour bras droit !

Trève de plaisanterie, la pause est finie, nous sautons dans nos taxis système Boeing et ramons sec pour défier les éléments. Alors que Rémy joue toujours des pagaies, j’essaye de suivre les silhouettes sombres des dauphins qui jouent à cache-cache autour de nous. Sans un bruit, ils fendent l’eau pour réapparaître un instant plus tard quelques mètres plus loin. Je les regarde émerveillée et j’éprouve malgré moi un soupçon de pitié pour Maybel, mon pauvre poisson combattant qui malgré ses reflets bleu fluo et sa résistance à l’eau chlorée du robinet ne m’a jamais autant fait rêver. Malmenée par le vent, la surface de l’eau ondule sous nos kayaks jusqu’à ce que nous atteignions une zone plus paisible. Les allées parfois étroites et ombrageuses dans lesquelles nous nous engageons nous offrent un répit à l’abris du vent. A droite comme à gauche, les mangroves semblent se figer sur notre passage, sorcières aux longs doigts crochus qui chatouillent la surface l’eau, et je m’attends à les voir secouer leur feuillage quand je jette un regard prudent derrière mon épaule. Mais la végétation garde la même pose, impassible, imposante, et je laisse mon imagination débordante se reposer.

Retour à la case départ. Noyées nos aspirations à une carrière de mannequin, nous abandonnons – non sans regret – nos beaux gilets et prenons le chemin du retour le sourire aux lèvres et la peau toute salée.

Après cette bouffée d’oxygène, Rémy me ramène sur la terre ferme pour une bouffée d’AIR. Un concert surprise pour une journée qui se termine dans une ambiance électro aux accents psychédéliques.

Mais revenons en à notre sujet du jour, la MODE ! En ce mois de mars, le retour du soleil annonce également l’arrivée des spring breakers* cuvée 2010 ! Le runway se déplace sur la plage entre la 5ème et la 22 ème rue. Un patchwork coloré d’étudiants bronzés recouvre chaque centimètre carré de sable qui disparaît sous cette masse humaine virevoltée et joyeuse. Bikinis roses fluos et lunettes noires XL sont d’usage cette saison. Au masculin, la mode se décline plus classiquement, t-shirt sérigraphiés, allure décontractée et air pas très réveillé quand on les surprend en début d’après-midi après une nuit mouvementée. Et la nuit tombée, les jeunes vacancières vont choisir dans leur sac à la Mary Poppins une des nombreuses paires de chaussures qu’elles y ont cachées, et ainsi accessoirisées, elles vont défier la gravité, espérant bien au cours de la soirée tomber sur un prétendant qui saura les rattraper.

Et c’est ainsi que Miami se pare au mois de Mars de mille artifices pour fêter le début du printemps. Mannequins faussement sages, top pas très models, étudiants de passage qui défilent dans les rues engorgées… Il faut qu’ils en profitent, car en Avril, ils ne se découvrent plus d’un fil, c’est le retour des jupes plissées et des partiels pour les unes, et pour les autres il sera temps d’enfiler les manteaux de vison pour présenter dans une capitale plus froide la collection automne-hiver à venir !

*Spring breakers : étudiants qui profitent du spring break (= vacances de printemps) pour aller faire la fête au soleil, à Miami ou ailleurs !

PS : merci à Julie pour les photos buccoliques 🙂

Publicités