Carnet de roots… les Everglades

C’est à cinq que nous avons pris la route samedi matin, direction le parc National des Everglades et les célèbres marais qui en dessinent les traits. Pause vitaminée chez « Robert » le temps de déguster un des fameux milk-shakes et nous repartons plein Sud, Rémy aux commandes, Cédric en co-pilote, tandis que Héloïse, Julie et moi formons les chœurs à l’arrière. Première pause alligators à mi-chemin, le temps de défier – mais uniquement du regard– les reptiles indolents qui font sécher leurs écailles au soleil ou montent la garde dans l’eau, gardant un œil attentif sur celles qui verraient en eux un potentiel sac à main.

Une fois arrivés au camping, le partage des tâches s’organise de façon quasi-préhistorique : Rémy et Cédric s’occupent des travaux de construction – de la tente – et partent ensuite à la chasse de branchages pour allumer un feu sur un barbecue datant probablement de l’époque post-paléolithique. Julie et moi passons la case cueillette et couture de peaux d’animaux sauvages pour nous concentrer sur la sieste et la décoration intérieure de notre caverne en nylon vert et blanc – moment propice aux palabres mondains des femmes pacifiques que nous sommes. (Je me vois d’ailleurs ici contrainte de faire le triste constat de la dissolution des principes féministes en milieu naturel et hostile…) Puis dans l’euphorie de ce retour à la nature nous faisons tous grand usage de notre pouce opposable récemment acquis pour grimper dans l’arbre qui domine notre territoire de chasse.  La nuit, nous dansons dans nos duvets, en pleine transe douloureuse après s’être fait dévorer par les moustiques.  Le réveil est plus appréciable quand nous découvrons les œufs en chocolat cachés par Julie et Cédric, nos irremplaçables lapins de Pâques ! Nous rangeons la yourte en vitesse et reprenons la route sous un soleil de plomb avec au programme des balades le long des différents chemins aménagés pour nos pieds sensibles de citadins par les rangers du parc.

Le long de chaque chemin de randonnée nous découvrons une végétation luxuriante. Le vert domine chaque tableau et se décline sous différents camaïeux. Tout d’abord il est presque fluo, hypnotisant. Notre regard porté sur l’infini de ces étendues monochromatiques luxueuses s’accroche à certains endroits aux bois  gris des arbres morts qui émergent en désordre de ce tapis immaculé. Le vert de l’eau dormante gorgée d’algues devient foncé, fine pellicule de végétation qui abrite avec grand secret l’agitation sous-marine de la rivière. Sur cette image, seuls se détachent les ronds verts des feuilles de nénuphars, pastilles de couleurs acidulées qui rompent la monotonie de cette toile minimaliste et épurée. Un peu plus loin, au-dessus des eaux salées, les mangroves s’élèvent sur leurs jambes frêles, leurs feuilles vertes denses et bien cirées abritant les plus discrets des habitants de ces marais. Les araignées tissent des canevas de dentelles dans lesquelles sont emprisonnées les ailes jaunes citron d’un papillon. Un alligator veille. Son œil noir et mobile est aux aguets.

Sous les pontons de bois pourtant, le vert a fané. Les marais asséchés forment des écailles blanches, presque argentées sous les rayons du soleil brûlant. Le vert des pinèdes est sec tout comme celui des grands cyprès. Nous marchons chacun à notre rythme sur ces lambeaux de chemin qui serpentent dans les méandres des marais. La chaleur est parfois oppressante et les « hammocks » nous offrent un instant de répit à l’abri de leurs lourds feuillages. L’escapade est ressourçante.

** Merci encore à Julie : photographe officielle du week-end !

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