Le phare des disparus

 

Hier matin aux pieds de la falaise

Un bateau s’est échoué

Deux oiseaux sont perchés sur son grand corps sans vie

Leurs ailes déployées, comme pour secourir les fantômes des marins qui y ont péri

Mais le vent est fort et leurs ailes trop petites

Sur une autre plage peut-être

Un enfant pleure en regardant danser les vagues rondes

Des femmes à genoux prient en tournant vers l’océan leurs visages tourmentés

Mais le vent qui hurle se moque de ces amours désunis

Jour après jour les femmes prient

Et les pleureuses derrière elles

Retiennent leurs larmes leurs gémissements

Un peu plus longtemps encore

Je suis retournée sur la plage aujourd’hui

L’épave a coulé, la marée l’a reprise

Engloutissant les fantômes

Et leurs souvenirs aussi

Et quand la nuit plonge dans l’eau apaisée

Le grand phare veille sur l’océan

Sur les âmes qui lui sont confiées

Dans la nuit noire il veille

Sur ses monstres marins ses abysses noires et tous les squelettes des bateaux qu’il a autrefois guidés

Sa lumière blanche danse au dessus des flots

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