Vendredi ravioli

Venerdi, Friday, Viernes, Reede, Fredag, ajjuma, Freitag. Vendredi « Jour de vénus » Chaque jour de la semaine a son histoire, ses coutumes, ses rituels qui nous lient à d’autres à travers les décennies, à travers les continents. Comme le vendredi 13 qui rassemble autour d’une même croyance tous les superstitieux du globe. Vendredi c’est aussi le jour du poisson, les frites à la cantine et l’occasion pour les employés anglo-saxons de troquer le costard cravate pour un jean et un t-shirt AC/DC lors du très respecté « casual Friday ».

« Pride day ». Désormais le vendredi, il sera de bon goût d’arborer les couleurs de notre université pour « célébrer notre fierté d’en faire partie » et par « soutien pour nos équipes sportives ». Dixit le Président de l’université qui vient ainsi de rebaptiser le vendredi. Bleu et or. Sur les costumes des joueurs de foot, sur chaque produit manufacturé au nom de l’université et sur les autocollants disséminés sur le chemin qui mène à la bibliothèque. Du bleu et or qui colore jusqu’aux pompons des cheerleaders les jours de match et qui maintenant pourra se décliner sur les collections automne, hiver comme été de notre garde robe de fin de semaine.

Non ce n’est pas un uniforme et les étudiants n’ont pas attendu cette campagne de mode lancée au sein de l’université pour s’habiller aux couleurs de la fac de la tête aux pieds.  C’est une question de culture. Une question de tradition. Et de prestige aussi. Les universités anglo-saxonnes n’ont pas mauvaise presse. Aller à l’université est socialement désirable et très prisé (et à quel prix !). Les universités n’évoluent pas ici dans l’ombre de grandes écoles prestigieuses qui forment une poignée de jeunes diplômés qui seuls seront dans la lumière. Non je ne suis pas désabusée et je crois encore à la possibilité d’une éducation gratuite (ou presque). Non je n’ai pas encore été happée par l’envie de croire que le système américain est enviable. Non, aujourd’hui vendredi, je n’ai pas cédé à la dictature du t-shirt bleu et or. Mais après ce premier mois de cours je suis un peu perdue je vous avoue, car je ne peux que constater, avec une pointe de culpabilité, que j’apprécie l’enseignement que je reçois ici plus que celui que j’ai reçu en France. Et si sous certains aspects, le fossé creusé entre nos deux systèmes éducatifs ne pourrait être comblé que par des brouettes de billets, ma douce et rassurante naïveté me pousse cependant à croire que ce n’est définitivement pas le seul secret…

Mais superstitieux ou non et quelle que soit la couleur de votre t-shirt, passez une bonne journée !

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