Interlude hivernal

Nous avons volé entre les flocons pour être de retour à temps pour Noël. Il a fallut très vite réapprendre toutes les petits choses des jours de grand froid, faire couler l’eau chaude dans la douche avant d’y rentrer, superposer les couches de vêtements jusqu’à se sentir trop serrée, courir pour avoir une place juste au coin de la cheminée, boire des litres de thé. J’ai ressorti mon écharpe décorée de deux énormes nœuds roses. J’ai remis mes collants léopards, vestiges d’une soirée Noel de la jungle, et changé ma couleur de cheveux. J’ai même appris à tricoter. Toutes les excuses sont bonnes pour expérimenter et je profite de cette pause hivernale pour tout réinventer.

(…)

Ce matin, l’air me pique les jours comme mille petits glaçons. Suspendue au ciel blanc de Paris, je ferme les yeux à m’en fendre les paupières. Je n’ose pas bouger de peur que la nacelle de la grande roue ne recommence à se balancer. Aucun son ne nous parvient. Posée sur le brouillard de Paris, comme une fragile bulle de savon dans la paume d’une main, je retiens mon souffle.

Un peu plus bas, la ville s’anime en miniature et je la regarde s’éveiller. Les fenêtres des cabanes du marché de Noël découvrent leurs étals bien rangés. Des savons aux mille couleurs, des fruits confits, des petits chaussons esquimaux, du vin chaud, des « gaufres à gros trous » comme je les appelais quand j’étais petite. Abrités sous le plafond lumineux des cabanes de bois, les touristes déjà nombreux font face aux poupées gigognes aux grands yeux maquillés de bleu électrique.

Pendant ce temps, quelque part sous la place la Concorde, le métro s’éloigne du quai, emportant les soupirs des voyageurs trop tôt réveillés, quelques sourires, un secret volé, les mots suppliants de ceux qui demandent quelques pièces, juste de quoi manger. Derrière les vitres on ne peut qu’imaginer lequel du désir ou du désespoir anime les voyageurs muets.

Un battement de paupière plus loin, la brume tisse sa toile dans les grandes jambes de la Tour Eiffel.

J’ai les cils ourlés des larmes que le froid me fait verser. Dans la nacelle, les mains coincées dans mes poches pour les réchauffer, je regarde Paris qui ne semble pas s’émouvoir de toutes ces choses qui se font et se défont en son coeur.  Il s’est passé seulement quelques secondes. La nacelle se remet à bouger. Il fait froid, ça vaut toutes les raisons du monde de te serrer dans mes bras.

Happy hiver à tous !

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