Et vous, quels sont vos défauts?

L’ombre du soleil se déplace silencieusement sur la surface de pierre. Pour passer le temps, j’invente les tics tacs inaudibles des rayons du soleil sur le cadran solaire. Les minutes s’égrènent vraiment lentement et moi, sous mon air impassible d’enfant sage, je brûle d’impatience. C’est la même chose à chaque fois.

J’ai l’impression d’avoir à nouveau cinq ans. Je pleurais à chaudes larmes. Du haut de mon mètre et quelques centimètres tonitruants, je voulais m’asseoir immédiatement sur le petit fauteuil en osier que l’on venait de m’acheter plutôt que de trôner sur la banquette de la voiture. Aujourd’hui, du haut de mes vingt cinq ans vociférants, je piétine toujours d’impatience. Quand j’attends le bus qui n’arrive pas, quand 25 autres personnes ont couru plus vite que moi pour aller récupérer leur voiture à la fin du spectacle et que je me retrouve à la fin de la file, quand mon estomac crie famine, quand j’ai trop froid,…

Est-ce moi qui suis trop impatiente ou avons nous tous été programmés pour vouloir satisfaire nos moindres désirs en un battement de paupière ? Je trépigne. Je voudrais tout savoir tout comprendre tout avoir. Ici et maintenant. Les séances de musculation sont longues et douloureuses, et je ne vois toujours dans le miroir se dessiner les muscles fuselés des pubs à la télé. J’ai l’instinct de gratification qui me démange et je ne peux plus attendre. Je dois satisfaire cette impatience insatiable qui déborde de mon cerveau reptilien. C’est épuisant de tenir le rythme mais je m’y résous.

J’ai de la chance, la réalité se soumet à tous mes désirs. J’ai réponse à tout ici et maintenant. Je ne m’ennuie plus, je ne tourne plus en ronds. Depuis bien longtemps aussi je ne compte plus les moutons. Le monde est à portée de main. Littéralement. Dans le creux de ma main, cachés sous l’écran de mon iPhone, je trouve les nouvelles du monde, mon calendrier décortiqué minute par minute, mes emails, les dates d’anniversaire, l’application pour commander une pizza, wikipedia, mes comptes en banque, des recettes exotiques,…

Est-ce vraiment moi qui suis trop impatiente ou suis-je seulement un des millions d’exemplaires d’une armée d’impatient(e)s au délai de gratification érodé ? Peut-être fais-je partie d’une génération remuante et hyperactive qui exige de trouver réponse à tout d’un coup de baguette magique (ou d’iPhone) ?

Mais je ne peux parler qu’en mon nom. D’ailleurs, à bien y repenser, il y avait déjà des signes avant coureur. C’est vrai, j’ai toujours adoré, à chaque fois que je le pouvais, dévorer le dessert avant d’avoir commencé le repas. Parfois aussi, je lis discrètement la dernière page du livre, tout doucement, sans froisser la page, je ne voudrais pas me trahir. Malgré tout, admettre son impatience c’est faire l’aveu d’un défaut dont on ne voudrait se vanter une fois passé l’âge de manger des glaces à l’eau. Mais tant pis, j’assume.

Pourtant, j’ai beau m’impatienter, je ne peux pas connaître la fin de toutes les histoires. Aucune boule de cristal, aucune application iPhone ne me propulsera dans le temps pour jeter un œil discret au dernier chapitre de mon histoire. Demain à nouveau je compterai les secondes en regardant l’ombre se déplacer sur le cadran solaire. Chapitre après chapitre, je profiterai de chaque instant, des glaces à l’eau, de chaque livre que je découvre. Et parfois je tricherai un peu, je continuerai à manger mon dessert avant le repas, on ne se refait pas !

PS: Quels sont vos défauts? En préparant un entretien pour un stage, j’essayais de trouver (avec impatience of course!) le défaut le plus vendeur pour une thérapeute en devenir, tout en évitant l’écueil du « perfectionniste » et les révélations génântes (j’ai peur du noir, je pratique toujours la pensée magique,…), d’où ce remue méninges sur mon impatience. Je crois tout de même que je vais encore paufiner l’histoire du petit fauteuil en osier et de ma passion pour les desserts avant mon entretien… 🙂

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