Ma petite bibliothèque de ce début de printemps

Il y a les fleurs jaunes qui penchent leurs têtes sur le côté pour boire les rayons du soleil. Derrière, les bras des manèges en acier s’agitent dans les airs avec frénésie, rythmés par les bruits de la fête foraine. La grande roue se perd dans les nuages. Les fils de soie des chaises volantes s’enroulent autour de mes idées folles. Il y a des choses pour me distraire et pourtant je reste concentrée.

Je repense à cet article que j’ai lu récemment dans le New-York Times (avant qu’ils ne décident de restreindre l’accès aux articles en lignes aux abonnés). L’université de Yale teste un programme de thérapie canine pour offrir un moment de répit aux étudiants stressés du département de Droit. Ils peuvent désormais emprunter Monty (c’est le chien !) pour 30 minutes après s’être enregistrés à l’accueil de la bibliothèque. Selon Blair Kauffman, le libraire de la bibliothèque de droit, « Il a été démontré que la thérapie canine renforce le sentiment de bonheur, de sérénité et a un effet sur le bien-être émotionnel ».

Alors je vous pose la question: Qu’avez-vous été chercher aujourd’hui dans cette bibliothèque immense qui n’a de limites que votre imagination ? Qu’avez-vous fait pour vous aujourd’hui ? Qu’est-ce qui vous a rendu heureux(se) ?

Je ne parle pas du bonheur conditionnel, de ce bonheur aux airs de dictateur qui se conjugue à grand renfort de « Si ».  « Si j’avais davantage de vacances je serai plus heureux », « Si l’université ne me vidait pas les poches, si seulement je pouvais remonter le temps, si mes fesses étaient un peu plus rebondies et mon ventre un peu plus plat… » Je ne parle pas de ces choses absolues qui nous font seulement aimer l’idée du bonheur. Qu’il est facile de regarder au loin et d’imaginer toutes ces choses qui pourraient nous rendre plus heureux si jamais on voulait bien s’y essayer. Non, je parle de ces petites choses qui vous font du bien chaque jour. Ici et maintenant.

Cette grande bibliothèque que vous pouvez imaginer est pleine de choses étonnantes. Elle est remplie de moments à vous. Ces choses je ne peux pas vous les emprunter et c’est à vous de les trouver. Aller courir en forêt, prendre le temps de lire un magazine avant de reprendre le rythme effréné de la journée, regarder les gens passer, planifier les vacances à venir, s’émerveiller d’un rien, s’arrêter pour écouter tomber la pluie, prendre le risque de cuisiner un nouveau plat.

Sur les rayons de cette bibliothèque il y a aussi toutes ces petites choses que nous faisons chaque jour en direction de nos rêves. Chaque instant dédié à la réalisation d’un rêve ou d’un projet qui nous est cher a le mérite de pouvoir nous apporter  un peu de sérénité. Récemment j’ai retrouvé un bout de papier sur lequel j’avais fait la liste de mes rêves. C’était mes rêves les plus fous à l’époque, rien que d’y penser m’émerveillait. Dix ans plus tard, je relis cette liste et plusieurs de mes rêves se sont déjà réalisés. En numéro trois sur cette liste : « Visiter New-York ». J’y suis allée plusieurs fois depuis à mon plus grand bonheur. Mais ce qui a fait battre mon cœur bien avant cela c’était de construire ce rêve, à grands renforts de photos collées dans des cahiers, de livres sur l’architecture de Manhattan et de films de Woody Allen… Toutes ces choses sont sur une étagère dans une bibliothèque bien réelle cette fois. Cependant, rien ne me rend plus heureuse que de savoir qu’aujourd’hui encore je peux puiser dans cette liste et continuer à construire des moments de calme et de sérénité, des moments précieux dont je me souviendrai que mon rêve se réalise ou pas.

Il n’y a rien de futile ou de trop petit en matière de bonheur. Chaque détail compte y compris l’intention que l’on donne à ces instants de notre vie, qu’ils durent 10 secondes ou le temps d’une après-midi. Parfois il suffit d’un rien. Poser un regard différent sur la situation, décider de ne plus remettre à demain, juste prendre le temps. Plus facile à dire qu’à faire, moi qui remet souvent à plus tard, plus tard quand j’aurais davantage de temps, plus d’argent ou rien à faire de plus important… Mais est-ce que le bonheur au fond ne demande-t-il pas un peu d’entraînement, un effort, un peu de discipline ? Notre liberté n’implique-t-elle pas que nous prenions la responsabilité de nous atteler à un peu plus de sérénité ? Alors ce matin j’ai décidé de me poser. J’écris et je pense à vous. Et je souris. Je vous l’avais dit, il suffisait de pas grand chose.

http://www.nytimes.com/2011/03/22/education/22dog.html

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