La minute blonde – Baby shower

C’est aussi mythique que la route 66. Un couple qui se passe le fil dentaire devant le miroir de la salle de bain en se faisant un résumé de la journée de boulot. Tout de suite ça plante le décor : c’est incontestablement un film américain. Jamais encore je n’ai vu Jean-Pierre Daroussin et Karin Viard se passer le fil dentaire entre les molaires du fond. Mais peut-être que depuis que nous avons déménagé les choses ont changé. En quel cas il faudra nous tenir au courant ! Enfin bref, il y a toutes ces petites choses qui ne pourraient venir d’ailleurs, des produits typiquement locaux comme le brunch du dimanche matin, la Silicon Valley, les pick-up Chevrolet de la taille d’une maison, les cow-boys qui jouent de l’harmonica au coucher du soleil, les pom-pom girls, Oprah, les dents très blanches… et les fameuses baby shower !

« Douche de bébé », « douche pour bébé », « arroser le bébé », traduisez cela comme vous voulez, moi je persiste à croire que certaines expressions ne devraient pas s’européaniser. Jamais je ne troquerai mon hot dog pour un « chien chaud » ou un « perro caliente » – très en vogue à Miami – qui sonnent très peu appétissants à mes oreilles, et en l’occurrence à mon estomac. Mais peu importe, revenons en à nos bébés, la baby shower est l’occasion de célébrer les parents et le bébé en les couvrant (ou les « douchant ») de cadeaux. D’autres vous diront que c’est une coutume traditionnelle qui a pour but de célébrer la maman et de lui transmettre des conseils sur l’art de devenir une mère, moi je m’en tiens à mon explication économico-matérielle plus cartésienne, car au final il y a beaucoup de cadeaux en jeu. D’ailleurs, les futurs parents ont des listes de cadeaux sur plusieurs sites internet, nous offrant une pléthore de choix, des couches bio au tire-lait électrique en passant par la poussette aérodynamique pour aller courir avec le bébé.

Jour J.Nous voilà enrôlés pour aller célébrer l’arrivée du bébé d’une amie dans un restaurant de sushis, le Moshi-Moshi (moshi moshi est l’équivalent de « allo » au Japon). Allo maman ici bébé, nous débarquons donc dans une salle décorée pour l’occasion, c’est très rose (c’est une fille) mais d’assez bon goût je dois bien l’avouer. A notre arrivée nous sommes accueillis par la responsable en chef de l’événement (la meilleure amie) qui nous met un collier d’épingle roses miniatures autour du cou (Rémy porte très bien les colliers roses) ! Les règles sont fixées : interdiction de prononcer le mot « bébé » ou le prénom de la maman sans prendre le risque de se faire voler une épingle par un autre convive aux aguets. Il me faudra moins de 10 minutes pour perdre toutes mes épingles, je ne sais pas si c’est de l’inattention ou juste de la résistance passive. Je dois bien avouer que j’étais un peu sceptique en arrivant et bien déterminée à ne pas jouer.

Mais la pression du groupe me force à abdiquer (je connais toutes les ficelles du conformisme social mais mes années de psycho ne m’ont pas aidée à résister). Une demi-heure plus tard,  je suis désignée volontaire pour servir de potiche en couche. Une minute et un rouleau de papier toilette plus tard, je revêts devant vos yeux moqueurs une couche sur mesure accessoirisée d’un bandeau à la Miss France. Malgré l’enthousiasme de mes stylistes et l’originalité de leur création haute couture (et double épaisseur), je n’ai pas raflé la première place du podium, encore perdu !

Puis ensuite c’est au tour de Rémy de jouer, il devra prendre ses adversaires de vitesse en finissant son biberon le premier. Cette fois c’est à moi de rire sans retenue. Mais au final il a perdu. Son voisin de gauche, fort de plusieurs baby shower d’avance, savait qu’il fallait déchirer la tétine en caoutchouc avec les dents pour avoir une chance de rester dans la course ! Mais pas le temps de débriefer on passe au prochain jeu, il faut deviner la circonférence du ventre de la maman à l’aide d’un ruban rose. N’ayant jamais eu le compas dans l’œil, je regarde discrètement la taille du ruban découpé par mon voisin, ne voulant pas vexer la maman avec une estimation déraisonnable. Encore une fois c’est perdu. Nous abandonnons avant la dernière épreuve : le gobage de pots de bébé saveur épinard/poulet.  Résultat des courses, nous manquons d’entraînement pour ce sport national mais pour notre défense c’était notre première participation ! Et malgré mes appréhensions nous avons passé un très bon moment je dois bien l’avouer !

Publicités