La minute blonde – Le passage au numérique

Aujourd’hui je cherche mes mots comme d’autres raclent les fonds de tiroirs. Je suis passée au numérique par la force des choses ces dernières semaines. Plus de 744 heures depuis mon dernier article (Shame on me, I know). Mon emploi du temps est découpé en paquets de minutes que j’accroche les uns aux autres comme des perles sur un collier. Je finis mon premier semestre d’été dans 1 semaine et je n’ai même pas eu le temps de vous raconter le début ! Bref, j’ai commencé les entretiens pour mon mémoire, déja 60 au compteur, plus que 240 (gloups!). Je range les étudiantes sur des échelles de 1 à 7, hors de question d’accorder des demi-points, il faut choisir un nombre et je suis intransigeante. Je leur mesure l’estime de soi, les projets d’avenir et le self-concept sur des échelles numérotées. Et pour finir je les fais grimper sur la balance. Vidage de poche pour monter allégées sur la balance. Elles s’y hissent sur la pointe des pieds pour ne pas la faire basculer du côté obscur, sourires angoissés affichés sur les visages alors que tremblent les nombres sur l’écran digital.

Quand j’ai finis de peser mes étudiantes commises d’office à monter sur la balance, je continue ma journée dans la peau de stagiaire/petite fourmi travailleuse devant un tableau excel où je rentre des données pour une étude dans une clinique où sont soignés les troubles anxieux. D’autres numéros, ceux d’enfants qui mesurent sur d’autres échelles leurs peurs les plus intenses des chiens du noir de l’orage de parler en public et de serrer de mains… Je recopie des listes de nombres et j’espère pouvoir monter d’un échelon (encore une échelle !) le semestre prochain et avoir un peu plus de contact avec des être humains riches de leurs angoisses et de tout le courage et les ressources qu’ils trimballent sans même le savoir.

Dernière pause numérique de la journée avant la case maison : le cours de « Career Counseling » (et toi tu veux faire quoi quand tu seras grand ?). Additionner les cases rouges avec les cases rouges, répéter le calcul avec les bleues, les vertes et les oranges et vous découvrirez quelle carrière vous irait comme un gant. J’aime : travailler auprès de personnes au moral décoloré, rassurer des enfants flippés et chercher des réponses aux questions que personne ne s’était encore posées. Je n’aime pas : construire des meubles de cuisine, éteindre des feux de forêt et calculer les mouvements des plaques tectoniques de l’autre côté de l’hémisphère. Résultat, moi j’ai une majorité de rouge ET bleu, je suis un peu polymorphe, polyvalente, polyglotte, le cul entre deux chaises (« Excuse my French ! »), je suis mer et montagne, vanille et chocolat, au final je suis « sociale » ET « investigatrice ». En langage décodé, j’aime faire monter les gens sur la balance pour leur peser l’estime de soi, les stratégies d’adaptation et faire des calculs mystiques et des statistiques exotiques ET aussi les écouter parler du traumatisme que je leur ai infligé par la même occasion. Je voulais être princesse ou maîtresse d’école et me voilà classée dans la case versatile de psychologue et chercheuse. Bon je dois quand même dire que ça tombe plus pas mal, ce profil me convient bien mieux que tous les horoscopes que j’ai pu lire ces 25 dernières années.

A la fin de la journée toute de même, qui eut cru que la psychologie se passait parfois si bien de mots ? Ni boule de cristal ni divan élimé d’avoir voulu porter secours à trop d’âmes en détresse, juste des chiffres, des chiffres, des chiffres qui s’alignent. Je m’insurgeais d’entendre dire que la psychologie n’était pas une science. Je vous en apporte la preuve contraire, elle a aussi un visage de scientifique, dessiné à grands coups de SPSS et de méthodologie bien carrée. (Mais moi j’aime ça !!!)

A la tombée de la nuit, fatiguée dans mon lit je compte le nombre de dodos qu’il reste avant que mes copines et ma famille ne viennent nous rendre visite, le nombre de points qu’il aurait fallu au Heat pour remporter la finale de la NBA, … et rapidement les moutons finissent par m’emporter.

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