Peau de chameau, coeur d’éponge

Août

C’était il y a un an mais ça me semble être il y a toute une vie. J’ai hésité longtemps avant de pousser la porte. Encore des cours, encore un cartable à traîner et ces moments fébriles des examens de fin de semestre. C’était il y a un peu plus d’un an, j’ai finalement repris le chemin de l’université. Je ne serai pas princesse ni pilote de montgolfière, maîtresse d’école ou romancière. C’est décidé, je suis maintenant apprentie thérapeute de ce côté de l’océan, apprentie magicienne sans boule de cristal, balbutiant des mots en anglais pour faire disparaître les bulles de tristesse qui se forment au dessus de la tête des étudiants que je rencontre. Car après une année de cours, me voilà atterrie en stage depuis le mois d’Août au centre de prise en charge psychologique de la fac. J’en vois de toutes les couleurs, de tous les troubles de l’humeur. Ils passent du rire aux larmes, me content leurs malheurs qui se déclinent en dépression majeure et en bleus au coeur. Nous avons tous quelques blessures à l’endroit du coeur, mais je sors mon fil à coudre et je les aide à recoudre les leurs.

Septembre

L’été s’est achevé dans un grand tourbillon de pluie, Irene vociférant toute sa mauvaise humeur sur la côte Est des Etats-Unis. La rentrée est arrivée dans son sillage, un peu moins trempée, reposée et prête à se plier aux exigences de nos calendriers très remplis. Puis le 11 Septembre, notre côté du monde s’est presque arrêté de tourner. Les Etats-Unis ont retenu leur souffle, beaucoup ont prié, versé quelques larmes en silence quand d’autres criaient à pleins poumons le nom de ceux qui les ont quittés, pour que leur souvenir ne s’évanouisse pas encore, des milliers de noms dans l’air, suspendus à leurs lèvres et à leur mémoire. Moi je n’ai perdu personne ce jour là mais j’ai ressenti la terre trembler un peu en moi, bouleversée par les nombreuses commémorations qui se sont déroulées pendant une semaine.

            Octobre

A l’heure où d’autres remplissent leur emploi du temps pour l’année à venir, un sport de combat le lundi, yoga le mardi midi, avec un peu de chance arriver à caser des cours de chinois le vendredi, Rémy polit ses talents d’orateur à Toastmaster (*Club de public speaking). Il articule, dissèque chaque syllabe, manie les mots avec prudence, comme l’on marcherait sur des coquilles d’œufs. Parfois il s’emballe, dénonce, décrie,  déclame à pleins poumons des mots de grandes personnes,  et d’autres moins sérieux qu’il a inventés sans se démonter. Quand l’expression « cœur d’artichaut » a fuit les alcôves de sa mémoire de travail, il n’a pas peur et la remplace par des mots piochés dans le grand chapeau de son imagination… « Cœur d’éponge, peau de chameau». Et ça marche à chaque fois. L’audience tenue en haleine jusqu’à la coda. Et parfois l’audience, ce n’est que moi. Et Rémy refait le monde. Rien que pour moi. Il me raconte l’envers des nuages, les horaires des avions qu’il connaît comme sur le bout des doigts, « comme le dos de ma main » dirait les américains.

            Novembre arc-en-ciel

            En Novembre nous marchons. Et nous nous habillons de rose pour soutenir les personnes atteintes d’un cancer du sein, puis de vert pour dire l’espoir de pouvoir guérir toujours plus d’enfants atteints d’un cancer. Moi je souffre du syndrome de la page blanche, durant ces derniers mois, j’ai voulu vous écrire mais je ne trouvais plus les mots, ni le temps. Mais me voici revenue, après quelques jours passés sous le ciel bleu (parfois) et gris (souvent), du Costa Rica, j’ai repris ma plume et je vous raconterai bientôt à quoi ressemble ce petit bout de paradis. Et je finis tout en flamand… tot binnenkort !

Et à bientôt en France pour Décembre !

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