Pura Vida!

El pais mas feliz del mundo

La terre

Sur la carte, c’est une virgule qui relie le Nicaragua au Panama. Un petit bout de paradis qui fait le grand écart entre les deux Amériques. C’est une terre vierge, encore en ébullition avec ses volcans en éruption et son sol qui tremble souvent.

Aux pieds des montages, il y a San Jose. Avec ses rues anonymes et bondées qui quadrillent le théâtre national, ses parqueos publicos (parking publics), minuscules carrés de bitume postés à chaque coin de rue, ses marchands de fruits frais, ses quelques magasins colorés qui n’arrivent pas à me faire oublier l’immense ciel gris et les couleurs délavées de cette ville.

Il y a ce grand bâtiment gris, anguleux, triste comme un soldat qui trainerait ses blessures depuis de longues années. Ce bâtiment trop grand, avec ses fenêtres de toutes tailles, ses balcons décorés de plantes vertes qui se transforment en mauvaises herbes. C’est un ancien héro de guerre d’une armée déchue, avec son air désolé et son allure maladroite, bancale, et inélégante.

Ce n’est que le lendemain de notre arrivée, en sortant de San Jose, que nous sortons de la torpeur grise de la ville.

Le ciel pourtant est toujours somble mais il a pris de la hauteur. Nous n’avons plus à ramper sous les nuages. Les paysages s’agrandissent. Nous nous accrochons aux flancs des montagnes et passons d’une vallée à l’autre. De village coloré en village coloré. Il y a des églises, des terrains de foot derrière des écoles cachées en haut de routes qui serpentent. Il y a des chiens qui ne se pressent pas pour traverser quand les voitures passent. Il y a des cimetières curieux aux tombes carrelées. Il y a des fleurs partout qui s’abreuvent de toute la pluie qui tombe.

Il y a des gens qui sourient et grimpent en souriant les rues en pentes sans s’émouvoir de la pluie.

Il y a les « sodas », des petits cafés peints en vert, jaune, bleu, installés dans les coins les plus reculés.

Parfois la route s’emmêle autour des montagnes, et alors nous nous perdons.

Un peu plus loin nous passons à côté de plantations de yucca, de canne à sucre, de bananes plantains. Je me souviens quand j’étais petite mon père faisait visiter le jardin à mes camarades de classe qui s’arrêtaient les yeux  écarquillés devant un pied de pomme de terre. Cette fois c’est à mon tour de m’extasier devant des plantes donc je ne connaissais auparavant ni les formes ni les couleurs.

L’air

Nous sommes accrochés au ciel du Costa Rica. Du bout des doigts je touche les nuages. Et du bout des lèvres, je murmure une prière à qui l’entendra. Je suis prête à croire à tous les dieux que l’on me vendra au moment de me jeter de la plateforme à 300 mètres de haut. Le bruit du harnais qui glisse le long du cable métallique me rassure à chaque seconde. Je suis encore en vie. En dessous de nous, il y a le lac d’Arenal qui forme une tâche claire dans la pénombre de cette fin d’après-midi. Quelques rayons de lumière se reflètent sur la surface argentée. Nous glissons de plateforme en plateforme, accrochés à la tyrolienne. A chaque instant, l’air enveloppe nos visages, nos bras nus agrippés au câble qui nous retient de tomber.

Le lendemain, nous prenons à nouveau de la hauteur pour nous promener sur les ponts suspendus sur les hauteurs d’Arenal. Des grands voiles de brouillard sont posés sur la cime des arbres. Sur les fils de fer des ponts que nous traversons, des gouttes de rosée sont emprisonnées dans des toiles d’araignées. Nous ne croisons personne. Seul le cri perçant d’un oiseau que l’on ne parvient pas à distinguer vient briser le silence. L’air est paisible, frais et enveloppant. Une faible brise ébouriffe les feuilles des arbres et se glisse entre les rochers.

L’eau

L’eau n’est jamais très loin au Costa Rica. Il y a des cascades qui jaillissent des montagnes avant de venir mourir dans des rivières aux eaux dormantes. Il y a des lacs aux eaux tourmentées maintenant domptées par des barrages. Il y a le ciel qui neuf mois par an déverse ses larmes dans les corolles des fleurs, sur les feuilles lisses des grands arbres, et l’eau roule sur les pans des volcans et s’engoufre entre les failles des rochers. Mais ce sont sûrement des larmes de joie car tout le monde ici se promène un grand sourire aux lèvres, peu importe la météo.

Ce matin nous sommes sur l’eau. Et la rivière s’est réveillée.

Notre bateau tremble de tout son corps, malmené autant que l’on puisse l’être par la rivière. Les mains serrées autour des pagaies nous descendons la rivière Balsa très puissante ce jour là. Capricieuse, tourmentée, fiévreuse et agitée. Nous nous jetons à son cou pour essayer de la dompter mais elle nous propulse inéluctablement au fond du bateau et nous gifle le visage du revers de ses vagues. Hansel, notre guide assis à l’arrière de l’embarcation, nous crie les instructions, « forward », « back paddle », « lean in », et « GET DOWN » et nous nous recroquevillons au fond du bateau en nous demandant quel monstre marin a surgit sur notre chemin.

Quand notre aventure nautique prend fin, nos guides/accompagnateurs nous emmènent au restaurant où ils nous servent un « Casado », le plat traditionnel Costa Ricain, un plat qui comprend du riz, des haricots noirs, des bananes plantains, une viande ou un poisson, et un ou plusieurs accompagnements. Nous partageons le repas avec Hansel et d’autres accompagnateurs qui depuis ce matin nous ont servi de guides, chauffeurs, kayakeurs/sauveteurs,  serveurs et anges gardiens. Hansel partage avec nous son amour pour le football, le « soccer ». Lui et ses amis jouent ensemble toutes les semaines et tous se sont attribués des surnoms, et Hansel se transforme ainsi en Benzema sur les pelouses vertes des terrains de foot !

Le feu


A notre réveil ce matin encore, le volcan boudeur est entouré d’un ruban de nuages. Derrière les vitres de la chambre, les colibris, apparitions fantomatiques, disparaissent dans les corolles des fleurs jaunes, violettes, rouges d’un battement d’ailes. Hypnotisantes illusions du temps qui passe imperceptiblement.

Ce matin nous marchons aux pieds du volcan, dans une jungle de grands arbres serrés. Je lève les yeux vers le ciel, jusqu’à la cime du Ceibo, l’arbre star du film Avatar, qui étend ses branches vers le ciel. Puis, au bout du chemin, nous débarquons dans un paysage presque lunaire de roches volcaniques colonisées par la végétation. Derrière son manteau de brouillard, le volcan s’est endormi, mais en son ventre brule encore la passion qui l’a animé pendant de si longues années.

A cet endroit, à cet instant, sur ce petit bout de terre entre les deux Amériques, nous sommes au cœur des 4 éléments. La terre sous nos pieds contient le feu du volcan qui ne s’est pas encore éteint. Le ciel a tissé sa toile de nuages aux dessus de nos têtes. L’air est calme et pénétrant et s’engouffre dans chaque alvéole de nos poumons. Puis l’eau se met à tomber, tout doucement.

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