Le désert – Dans le sillage des chercheurs d’or

Nous avons traversé des déserts, non ce n’est pas une métaphore, nous avons roulé, roulé, roulé des centaines de kilomètres, pendant des heures, sur des routes tracées (mais pas par la main de Dieu) au milieu des grands déserts de l’Ouest des Etats Unis. Dans le sillage des cow boys, des indiens, des cow boys poursuivant les indiens, et vice-versa, dans le sillage des chercheurs d’or et des premiers colons. Nous avons roulé sur ces routes magiques, hypnotisantes, sans fin. C’était il y a un bout de temps, mais je n’avais jamais pris le temps de vous raconter…


La route se déroule à l’infini, ruban d’asphalte entre les bandes désertiques de terre que nous traversons dans l’Arizona. Sentinelles aux pieds de bois, les boîtes aux lettres postées sur le bord de la route laissent devenir la présence d’habitations dans ces étendues silencieuses et désertiques. Parfois, une affiche annonce une parcelle de désert à vendre, un coin de bout du monde, sans limite ni contrainte. Où mène ce désert et quelle promesse offre –t-il à ceux qui s’y laisseraient entraîner ?

Le désert chuchote des histoires à ceux qui veulent les écouter. C’est l’histoire des indiens et des esprits qui leur murmurent de mystérieuses prophéties. C’est celle d’un aviateur perdu dans un désert et d’un petit prince qui plus que personne aimait rêver. Mon petit prince moi aussi je l’ai trouvé, lui aussi me parle des nuages et me fait rêver.


Le silence est absolu. Alors que nous traversons Joshua Tree National Park, un souffle chaud nous caresse et finit par m’endormir tout doucement pour une courte sieste aux portes du désert. Attachés par des fils invisibles au reste du ciel, les nuages poursuivent leur course lente dans la voûte bleue qui nous surplombe. Filaments célestes et légers qui parfois trouvent des formes plus arrondies, tu connais le nom des nuages et je les répète après toi en regardant émerveillée par la fenêtre de la voiture.

Le temps semble figé. Le film se déroule et nous restons sur place à contempler par les fenêtres de la voiture ce décor qui s’offre à nous, imperturbable témoin des siècles passés. Les couleurs géométriques suivent les failles des formations géologiques. La roche se décline en un millefeuille de couleurs : cuivre, or, gris clair, camaïeux de marrons se prêtent à un tableau épuré tout au long de la route qui sillonne la vallée de la mort. L’immensité indicible prend un petit goût d’enfer quand nous sortons affronter les 49  degrés ambiants. L’air est irrespirable, immobile, étouffant. Les nuages se font rares dans cet infini monochrome qui nous surplombe et l’infini bleuté du ciel se fait l’écho du désert qui se déploie sans limite sous nos pas prudents. Les ombres sont rares, mangées par le soleil auquel rien n’échappe.

Nous roulons encore, à nos côtés les fantômes des chercheurs d’or, agenouillés dans des rivières maintenant asséchées. Il y a des villes abandonnées, vestiges d’un temps où le désert était peuplé de voix, d’espoirs, de femmes et d’enfants, d’hommes aux chemises retroussés, travaillant dans l’aube encore fraîche. Il y avait des nouveaux chemins qui prenaient vie au fur et à mesure que les rails étaient posés sur le sol vierge du désert. Le bruit des outils sur l’acier, des chants, des cris, les gouttes de sueur qui s’écrasaient dans la poussière, les saisons qui passaient inlassablement et l’histoire qui s’écrivait.

Puis soudain se dressent les mesas de Monument Valley, bien réelles cette fois devant nos yeux émerveillés…

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