Des citrouilles, des souris, et des nuages

Au début, c’était une histoire pleine d’espoirs, de doux espoirs, de rêves qui n’avaient de limites que l’imagination de ceux qui les faisaient naître. Des rêves comme des fils tendus entre ici et ailleurs, peu importe si ailleurs était loin, différent, inconnu, effrayant, ou s’il fallait déplacer des montagnes pour s’y rendre. Peu importe si le fil était ténu, car les américains, funambules de l’espoir, reprenaient leur périple après chaque chute. C’était le rêve américain. Le droit de croire que tout était possible. Ça n’avait rien de naïf. Il s’agissait de croire en l’égalité des chances, au-delà de l’adversité et des épreuves. Le « self-made man » est la quintessence du rêve américain. Il reflète l’idée de mobilité sociale qui est au cœur de cette Amérique intrépide et persévérante, à l’image de Benjamin Franklin qui, le premier, l’a incarné.

Cette Amérique rêveuse, persévérante, tenace, travailleuse a connu la ruée vers l’or en Californie, les super héros, Hollywood. Rien n’était impossible. Cet optimisme que certains enviaient alors que d’autres le jugeaient délirant est profondément ancré dans l’inconscient collectif américain…et dans tous les célèbres dessins animés de Walt Disney. “Si vous pouvez en rêver, vous pouvez le faire. Rappelez-vous que tout cela a commencé avec un rêve et une souris.” Disney s’était en effet inspiré d’une souris trouvée dans son studio qu’il a ensuite adoptée comme animal de compagnie pour créer le personnage de Mickey, un jour lors d’un trajet en train de Manhattan à Hollywood, à un moment où les échecs professionnels se succédaient.

Mais parfois les souris ne sont que des souris. Et même derrière nos paupières fermées, les citrouilles ne se transforment plus en carrosses.

Alors ça devient une histoire de nuages. Car un épais manteau de nuages gris semble avoir recouvert ces rêves autrefois inébranlables.  Et les américains de Los Angeles à New York ont l’optimisme en berne. Tués tous leurs espoirs d’accéder à une vie meilleure que celles de leurs parents. Morts leurs rêves avant même d’avoir déplacé des montagnes et marché sur des fils tendus entre deux possibles. A l’horizon de demain, quelque chose d’aussi simple que parler de la pluie et du beau temps serait même bientôt compromis. Car à l’envers des nuages nous annonce le National Research Council, les satellites se lassent d’observer la montée du niveau des océans, der garder un œil sur l’œil des cyclones, les ouragans en fugue et les volcans qui explosent.

Mais quand les nuages ne sont plus que des nuages, qu’on n’y voit plus de sous-marins, de visages d’enfants, de chats qui chassent des abeilles, alors nous reste cepependant la pensée magique. La pensée magique, c’est l’optimisme des cœurs brisés, des rêveurs désillusionnés ; c’est l’espoir de ceux qui ont du mal à y croire. Quand l’incertitude se dessine, certains se raccrochent à un Dieu,  à des superstitions. Nous nous transformons en chercheurs d’étoiles filantes, faisons des vœux, les yeux fermés à s’en fendre les paupières. Nous chérissons en secret des petits rituels qui nous permettent de continuer à y croire. Nous gardons précieusement près de nos cœurs des photos d’êtres chers, un bout de tissu d’une robe de mariée, une mèche de cheveux blonds de notre enfance, un t-shirt porte-bonheur. Et c’est réconfortant. Croire en une forme de magie, de superstition, même en secret, redonne un sentiment de contrôle, de confiance en soi.

Alors peut être pouvons nous commencer à croire une fois encore en la liberté pour tous comme un droit du sol inaliénable, aux citrouilles qui se transforment en carrosses, à de meilleurs lendemains. Voir à nouveau s’animer dans les nuages des abeilles, des chats, des sous-marins. Peu importe si c’est la fin des satellites, du rêve américain de Benjamin Franklin, d’autres rêves naîtront, qui auront d’autres formes, porteront d’autres espoirs. Et ils les poursuivrons. Et nous les poursuivrons.

Pour finir, quelques mots glanés sur le blog de Matt Cheuvront, un entrepreneur, réveur, et grand bosseur : « Nous avons tous des idées. Des millions d’idées. Certaines semblent brillantes. D’autres peuvent sembler complètement stupides. (…) Je prends conscience de mes idées et je fais une chose très importante avec. Je leur donne une chance. Je n’ai pas peur d’essayer et d’échouer, du moment que je tente ma chance. (…) Si vous ne donnez pas une chance à vos idées, elles n’aboutiront jamais. Si vous le faites, elles pourraient se réaliser… »

Et vous quels sont vos rêves ? Accorderez-vous une chance à vos idées, pour que les citrouilles ne soient plus simplement des citrouilles ?

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