La nostalgie des tramways

High Line : un mile de rails transformé en parc à New York City

J’étais faite pour vivre à Miami en 1925. Au temps des tramways qui glissent le long des câbles sur Flagler street entre la 17ème et la 2nde avenue, des rues pavées qui nous font rebondir sur la selle du vélo. Au temps des immeubles qui ne cachaient pas le ciel, des voitures qui ne s’appelaient pas camaro. J’aurai voulu vivre dans une ville où l’on plante des parcs comme Central Park au milieu des routes. Au temps des piétons.

Mais les tramways ont disparu au fur et à mesure que la ville s’est agrandie. Il y avait 1861 habitants à Miami en 1900 et aujourd’hui ils sont plus de deux millions, plus moi ! Deux millions de gens grands et petits, curieux, tristes ou joyeux. Ils n’ont pas tous de rêve (américain) ou d’accent, mais tous ont des voitures. C’est une mer de voitures, de toutes les couleurs, avec des petits drapeaux cubains, des autocollants du Heat, des pots de fleurs en plastique aux pare-brises.

Mais moi je marche. Dans la chaleur de l’été, je marche. Malgré les conducteurs distraits qui ne voient pas les passants, je marche. Et mon cœur bat au rythme des sirènes des pompiers, des klaxons, il bat au son du métronome des feux de signalisation qui indique aux personnes aveugles quand ils peuvent traverser.

D’autres comme moi ont la nostalgie des tramways, des parcs, et des vélos. Je suis récemment tombée sur le site de Transit Miami, un site internet dédié au développement d’espaces publiques urbains favorables aux piétons et aux cyclistes. Ils militent pour le développement durable, les espaces verts, des rues moins encombrées, des pistes cyclables protégées. Et malgré la réputation terrible de Miami et de sa circulation infernale, le site met en lumière des projets concrets qui se développent pour faciliter les déplacements autres qu’en voiture.

Il y a de l’espoir pour tous ceux d’entres vous (et moi) qui au fond sont un peu parisiens et se passeraient très bien d’une voiture. Miami Beach s’est récemment dotée de vélos en libre-services, les DecoBike, et les Smart en location libre seront disponibles dès cet été. D’autres projets sont toujours défendus becs et ongles par différentes associations citoyennes. Un « sommet » s’est d’ailleurs tenu il y a quelques jours pour repenser les espaces publiques de façon à les rendre « people-friendly », et non pas uniquement « car-friendly ». A quand les passages cloutés version rayures de zèbres, ou code barre à l’image de ceux glanés sur ce site européen ?

Et si l’on réintroduisait un peu de verdure dans ce grand tableau gris ? Bayfront Parkway, une autre initiative « people friendly » a permis de transformer un parking en parc en plein cœur de downtown Miami le temps de quelques jours.  Quelques notes de musique, des cours de yoga, des « food trucks » et autres surprises artistiques ont redonné un nouveau visage à ce quartier. Nous sommes loin du High Line de New York City où une portion d’une ligne de métro désaffectée a été métamorphosée de façon permanente en parc, mais c’est un début !

Miami est malgré tout une ville où la voiture est reine et il reste difficile de se déplacer sans, à moins d’avoir le temps, ou d’y avoir pensé avant d’emménager. Certains quartiers sont en effets très propices à la marche, à l’exemple de Miami downtown, South Beach ou Coral Gables. Nous avons fait le choix de nous installer dans un quartier où l’on peut se promener à pieds, et c’est devenu un élément déterminant de notre qualité de vie !

Autour de chez nous je pourrais presque me prendre à rêver de tramways. Il y a des maisons avec leurs pelouses vert pomme taillées au cordeau. Des poussettes, des écoliers, des personnes âgées qui se promènent à l’ombre de leurs grands chapeaux. Il y a des chats qui s’étirent, des journaux oubliés sur des perrons malgré l’heure avancée de la journée. Les « banyans trees » sommeillent, leurs bras étendus au dessus des routes. La plupart du temps je n’ai pas besoin de voiture, et je continue à marcher, funambule terrestre, sur les ombres des câbles téléphoniques qui s’étirent sur les trottoirs. Un vrai bonheur !

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