Petite liste d’été pour grande timide qui s’est (presque) soignée

 

Le long de la fenêtre de la classe il y avait des géraniums aux fleurs balbutiantes roses et rouges, dans des pots que nous avions peints du bout de nos petits pinceaux débutants. Elles attendaient patiemment que nous les arrosions, les fleurs ont tout le temps du monde. Mon voisin à la table de devant était un géant de 1m40. A l’époque de l’école primaire, c’était plus de centimètres qu’il n’en fallait. Je devais me hausser sur la pointe des pieds pour voir  par dessus sa tête quand le maitre écrivait tout en bas du tableau. C’était ma forteresse, entre un géant et une rangée de géraniums. J’étais timide et j’aurais tout fait pour me cacher, ne pas être interrogée.

La forteresse, les géraniums, le géant de 7 ans, tous ces souvenirs m’ont assaillis alors que je lisais un article intitulé : « 20 choses que j’aurais du savoir à 20 ans », et le cinquième point a retenu mon attention. « Ne perdez pas votre temps à être timide ». Sous le grand chapiteau de ma tête il y avait toujours eu une multitude de choses qui me faisaient peur, des gens qui posaient trop de questions, trébucher sur un mot, parler à un inconnu, répondre au téléphone. Quelle horreur le téléphone ! Etre timide c’était ne jamais oser ouvrir les portes des placards de peur de voir surgir des tigres. Mais ça fait mal au cœur d’être timide. Mes mots d’amour restaient allongés sur les pages de mes carnets secrets au fond de grands tiroirs. La sonnerie du téléphone résonnait en moi comme le grondement du tonnerre. Les autres dans leurs grands sourires pleins de confiance et leurs grands élans de mots qui n’en finissent pas m’impressionnaient.

A l’aube de cet été qui arrive et des nouveaux défis qui m’attendent à la rentrée, je réalise toutefois tout le chemin parcouru depuis l’époque du géant de 7 ans. Je ne suis plus une grande timide. Mais je m’étais trompée aussi, car les tigres ne disparaissent jamais vraiment. Mais ce n’est pas là l’important, il s’agit de pouvoir les dompter, et continuer à faire des choses nouvelles, à rencontrer des gens, à prendre des risques malgré la peur de balbutier.

Tout a vraiment commencé quand j’ai arrêté de fuir les tigres; car éviter toutes ces choses qui me faisaient peur, le téléphone qui gronde, les nouveaux visages, les conversations qui se prolongent, cela n’avait finalement pour effet que de renforcer mes peurs, de nourrir les tigres. Et plus nous essayons de contrôler ces peurs en évitant ces situations, plus nous nous éloignons de cette vie riche et épanouissante dont nous rêvons. Alors j’ai arrêté de fuir.

Puis vint le moment de trahir mon instinct, et de faire face aux tigres plutôt que d’essayer en vain d’y échapper. Etre exposé(e) à ces choses mêmes qui nous font peur permet en effet de développer davantage d’assurance et de confiance en soi, et de réduire ces peurs irrationnelles. De nombreuses recherches en psychologie ont montré que prendre conscience de nos peurs au moment où nous les vivons, et se concentrer sur ce qui se passe à cet instant permet d’apaiser nos angoisses. L’anxiété se nourrit en effet de l’anticipation de catastrophes à venir : « Si je prends la parole, ils vont me juger », « tout le monde va voir que je rougis ». La clé est donc de rester dans le moment présent, en reconnaissant nos peurs, notre frustration, notre cœur qui bat la chamade, et en continuant malgré tout à franchir les portes de nos forteresses. C’est un peu comme marcher à côtés des tigres en les gardant à l’œil à tout moment.

Aujourd’hui je n’ai plus de forteresse. Mais sur une échelle de zéro à l’infini, il m’arrive parfois d’avoir peur et se sentir les papillons qui s’affolent au creux de mon estomac. Mais ça ne m’empêche plus d’avancer, de rencontrer des nouvelles personnes, de prendre des risques. Etre sûr de soi et s’affranchir de sa timidité c’est comme un muscle social, il faut l’utiliser pour le maintenir en forme comme dirait Lynne Henderson, une psychologue américaine. Déménager de ce côté de l’océan m’a certainement permis de franchir de nombreuses barrières. Il y a toutes ces choses que je n’aurais certainement pas faites en France et qui m’ont donné l’opportunité de dompter mes tigres :

 

–       Etre thérapeute en version originale et sans les sous-titres ! Je dois bien avouer que j’étais terrorisée à l’idée de « psychologiser » en anglais lors de mon premier stage, mais au fil des clients, c’est devenu plus facile, et je m’épanouie vraiment dans ce que je fais, même en anglais !

–       M’inscrire dans une équipe pour pratiquer un sport américo-américain dont je ne connais rien : Le KICKBALL. Premier match à venir dimanche, je vous en reparlerai plus en détails et en bleus aux jambes. Mais sachez que once upon a time je n’avais pas le profil parfait pour jouer en équipe. A l’époque du handball en primaire j’avais peur du ballon, je ne parlais pas à mes coéquipiers car j’avais peur qu’ils se moquent de moi. Mais ça a bien changé et j’ai hâte d’aller me faire les muscles des mollets et de la sociabilité ce week-end!

–       M’entraîner à parler en public. Je me suis inscrite à Toastmaster, une association internationale qui permet à ses membres de pratiquer la prise de parole en public. Et avant même d’avoir dit ouf me voilà avec 7 minutes de silence que je dois combler seule à l’aide d’un discours soigneusement préparé devant une assemblée bouche cousue et yeux écarquillés. Je tremblais des pieds à la tête lors de mon premier « speech », j’ai bien cru que les tigres allaient m’avaler. Malgré le cœur qui battait la chamade et les secondes de doute, j’ai regardé les tigres droits dans les yeux, j’ai continué à parler, et j’ai adoré cette expérience. Après quelques mois, je me surprends à être impatiente de donner mon prochain discours.

–       Parler. Ça paraît simple comme défi de parler. Mais ma timidité s’est longtemps délectée de mes facultés à écouter les autres pendant des heures sans vraiment parler à la première personne. Je posais les questions et n’avais de ce fait pas à y répondre. Etre psychologue c’est un peu comme une forteresse aussi parfois car on ne peut parler de soi aux clients/patients. Mais m’exiler dans un nouveau pays m’a forcée à créer de nouvelles amitiés, et j’apprends à ne pas rester tout le temps en retrait. Sans raconter ma vie, je contribue davantage aux discussions, je raconte la France, Paris, ce qui me manque, la politique, le secret bien gardé de la taille de guêpe des françaises. Car, contrairement à la France, ici à la minute où je commence à parler à quelqu’un que je viens de rencontrer, je peux m’attendre à être interrogée dans les règles de l’art sur mon expérience aux Etats-Unis, ce que je fais ici, etc. Il serait donc bien dommage d’être timide

Si ça a été un facteur déclencheur pour moi, vivre à l’étranger n’est toutefois pas la seule opportunité pour vaincre sa timidité. Alors à l’aube de cet été, posez vous aussi la question : A quoi ressemblerait ma vie sans les tigres ? Que ferais-je différemment, en plus grand, plus coloré, ou plus fort si je n’avais pas ces peurs qui me tenaient à distance d’une vie qui me ressemble vraiment ?

Cet été, quelle sera la liste de défis que vous serez prêts à relever pour muscler votre sociabilité ?

 

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